La lettre à choisir pour nommer son chien en 2023

2 mars 2026

Si vous avez déjà croisé le chemin de chiens de race, vous avez sans doute remarqué ces noms à rallonge, presque théâtraux. Junis-Jackson de la Villa Kunterbunt et Flaubert du Kittergut Freienhagen n’en sont qu’un échantillon. La façon dont ces intitulés insolites voient le jour mérite qu’on s’y attarde :

Au commencement, la question de la race

On compte aujourd’hui plus de 400 races canines officiellement reconnues, et bien davantage si l’on inclut les lignées non homologuées. Ces appellations s’appuient sur des critères historiques, le rôle d’origine du chien, mais aussi sur leur apparence typique. Les éleveurs de chiens cherchent, génération après génération, à renforcer ou à limiter certains traits physiques ou comportementaux à travers des croisements minutieux.

Un exemple : l’Eurasier, issu du croisement entre le chow-chow et d’autres races, a vu le jour grâce à ces sélections ciblées. C’est ainsi que sont apparues, au fil du temps, de nouvelles variétés reconnues par la Fédération Cynologique Internationale (FCI). Cette institution mondiale régit l’homologation des races à l’échelle internationale. En Allemagne, la German Dog Industry Association (VDH) occupe le rôle de première fédération dédiée à l’élevage et aux sports canins. Si ces structures suivent globalement la FCI, elles peuvent aussi reconnaître des races spécifiques à leur territoire.

L’élevage de chiens de race pure

Le pedigree d’un chien retrace sa lignée directe, détaillant parents et grands-parents dans un registre appelé studbook. Pour élever une race précise, il faut respecter les règles d’élevage du VDH. Ces règles imposent des critères stricts, alignés sur la législation relative au bien-être animal et sur les standards de la FCI. C’est d’ailleurs la FCI qui détient le dernier mot sur la reconnaissance officielle d’une race.

Mais se conformer aux critères génétiques et morphologiques ne suffit pas. Un éleveur doit aussi déposer un nom de chatterie. Une fois ce nom validé et protégé par la FCI, il devient inaltérable. Le choix du nom mérite donc réflexion : impossible de revenir en arrière.

Le nom de chenil : véritable « nom de famille » canin

Où commence la singularité de ces patronymes à rallonge ? Prenons le cas d’Alexandro du Daue vert de la Forêt-Noire. Pour comprendre, il faut se pencher sur les règles entourant les noms de chatterie.

Première contrainte : l’unicité. Aucun nom ne peut être attribué deux fois. Imaginez le casse-tête : la liste s’allonge chaque année, et il devient difficile de trouver une dénomination encore disponible. (Pour les curieux, la liste exhaustive des noms de chatterie est accessible en ligne.) Face à la rareté, certains éleveurs rivalisent d’inventivité et optent pour des appellations originales, parfois extravagantes.

Depuis 2007, il est interdit d’inclure le nom d’une race dans le nom de la chatterie. Pourquoi ? Parce qu’un même élevage peut, au fil du temps, produire différentes races. Ce nom de chenil agit donc comme un patronyme collectif : tous les chiots d’un éleveur l’adoptent, même s’ils proviennent de portées et de parents différents.

La créativité est sans limite pour baptiser une chatterie. Souvent, l’inspiration vient soit du caractère du chien, soit de sa race. On croise ainsi des noms comme Castle of the Winds pour un Whippet, ou Of White Night pour un berger blanc suisse.

Les noms de lieux tiennent aussi la corde. Certains sont bien réels, du château de Spreewald, du Petit Bastion, de Boverheide. D’autres relèvent de la pure invention : issus de la belle terre d’aventure, du château de montagne de Wiesen, du jardin de Maar. À l’oral, ces noms évoquent parfois des titres de noblesse. On ne s’étonne donc pas de croiser des chiots baptisés Prince Pack, Grand Prince Ludwig, Princesse du Bal, ou, pour les amateurs d’anglicismes, Littlewhitepowerfromkaiserberg. Les références à la littérature fantastique et aux héros populaires abondent également : nez des gobeins, Lillyfee, Butzemannshaus, Magic Gryffindor… la palette est vaste.

Le prénom du chien : entre liberté et convention

Une fois le nom de chenil trouvé, reste à choisir le prénom. Impossible de s’en dispenser : une daue verte de la Forêt-Noire n’existerait pas sans son Alexandro. Ce choix se fait rarement au hasard. Il dépend du nombre de portées déjà réalisées : Alexandro ou Astérix von Burgaglück, par exemple, signalent la première génération, reconnaissable à la lettre initiale « A ». Pour la portée suivante, la lettre « B » s’impose, et ainsi de suite. Toutefois, il y a une règle : le prénom et le nom de la chatterie combinés ne doivent pas dépasser 35 caractères, espaces compris. Pas question de s’égarer dans des intitulés à rallonge.

La France suit un système différent : une lettre initiale est attribuée à chaque année de naissance. Ainsi, en 2013, tous les chiots devaient porter un prénom débutant par « I » ; l’année suivante, c’est la lettre « J » qui s’impose. Ce code facilite le repérage de l’âge d’un chien d’un simple coup d’œil à son nom.

Ce nom officiel accompagne le chien tout au long de sa vie. Mais, dans la réalité, son propriétaire opte souvent pour un surnom plus personnel, plus adapté à la vie de tous les jours. Après tout, difficile d’appeler son compagnon « Edelweiss du Château de Spreewald » chaque matin : la plupart des chiens, comme les humains, finissent par répondre à un nom de famille ou à un diminutif.

À vous de jouer : partagez le nom de race le plus marquant, improbable ou audacieux que vous avez croisé, ou que vous avez déniché dans la liste officielle des noms de chenil.

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